Rasta Official

  RASTA OFFICIAL : Iqulah


Représentant officiel du mouvement Rasta auprès des Nations Unies, Iqulah nous livre ici « la grande nouvelle » : la communauté rastafarienne est enfin reconnue par l'ONU. Rastafari ; Repatriation ; Reparation ; Restoration, et désormais « Recognition ». La question d'une reconnaissance institutionnelle du mouvement rasta a suscité de nombreuses controverses. La culture rasta s'est développée en marge de tout officialisme, refusant, la plupart du temps, toute représentation politique, pour s'inscrire progressivement (à partir des années 60) dans le champ économique et social. Certains « radicaux » critiquent cette institutionnalisation, cette babylonisation, d'autres se félicitent de ne plus être amalgamés à de « dangereux sectateurs ». Barbara Blake Hannah Makeda prône quant à elle une représentativité gouvernementale des rastas en Jamaïque. Finalité de cet engagement politique : « Rastafari doit un jour diriger la Nation ». Représentant de la Fédération Mondiale Ethiopienne Inc., Iqulah a rencontré la foi rastafarienne le 21 avril 1966, lors de la visite officielle du Roi des rois en Jamaïque. A ce titre, il fait sienne l'exhortation du Négus : « Organize and Centralize ». Sans se compromettre avec Babylone, le mouvement Rastafari doit évoluer, et combattre le système de l'intérieur.
Chanteur de reggae roots*, Iqulah est investi d'une « mission », et propage la bonne parole rastafarienne lors de ses concerts. Entretien avec l'ambassadeur Rasta Iqulah : « I pour Integrity ; Q pour Quality ; U pour Unity ; L pour Love ; A pour Africa ; H pour Home. »

Quels sont les enjeux d'une telle reconnaissance par l'ONU ?

Iqulah : En tant que rastas, I and I avons traversé de nombreuses tribulations. Il est aujourd'hui temps pour que le monde en général, et les Nations Unies en particulier, reconnaissent le travail effectué par le mouvement Rasta, car nous sommes un peuple qui a largement contribué à la libération des esprits. Nous ne sommes pas là pour promouvoir la guerre, Rastafari is One Love. Le combat a été dur mais nous sommes devenus plus forts. Nous dépasserons les difficultés, nous gagnerons ce combat car c'est le combat du bien contre le mal. I&I sommes optimistes, et nous resterons déterminés, et forts aussi bien mentalement, physiquement que spirituellement. Nous sommes pleinement confiant dans Jah, car nous savons que le bien finira par triompher du mal. Et alors, toutes les nations reconnaîtront unanimement que Rasta is One Love.
A travers la Fédération Mondiale Ethiopienne (EWF Inc.), établie en 1937 par Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié Ier, les membres du mouvement rasta sont aujourd'hui reconnus officiellement par l'Organisation des Nations Unies. Nous disposons à ce jour d'un siège aux Nations Unies.


Certains rastas affirment que le mouvement rasta ne doit pas pactiser avec le système, et qu'il n'a pas besoin de la reconnaissance de Babylone pour continuer à exister. Quel est votre opinion sur le sujet ?

I : Il ne s'agit pas pour nous de dépendre de Babylone. L'obtention de ce siège aux Nations Unies est un signe officiel d'une organisation mondiale qui a finalement décidé, après bien des luttes, de ne plus feindre de nous ignorer, et de nous reconnaître de façon claire et définitive. C'est un premier pas. C'est une évolution nécessaire. Yes Man, Rastafari !


Le mouvement Rastafari avait-il vraiment besoin de cette reconnaissance des Nations Unies?

I : « Yes. ! La raison principale est la suivante : Sa Majesté Impériale nous a donné une terre en Ethiopie, à Shashamane. Nous avons rencontré de nombreux problèmes par le passé, à cause des changements successifs de gouvernements en Ethiopie. La décision des Nations Unies a joué un rôle décisif dans les relations que nous entretenons avec le gouvernement éthiopien. D'un point de vue légal tout d'abord : la terre de Shashamane est reconnue désormais comme un endroit légitime, dédiée et consacrée au rapatriement du peuple Rasta. C'est donc une décision majeure, extrêmement importante pour nous. Rastafari.


Quelle place occupez-vous dans ce nouveau processus ?

I : J'ai été désigné par la fédération Mondiale Ethiopienne pour être l'organisateur officiel du programme destiné à recueillir des fonds financiers pour développer la terre de Shashamane. Nous allons entreprendre une vaste tournée mondiale en ce sens. Cette série de concerts autour du monde doit nous permettre de récolter de l'argent pour le programme de développement. Notre premier objectif consiste à obtenir un million de dollars US pour commencer concrètement à développer Shashamane.


La décision des Nations Unies aura-t-elle des conséquences concernant le rapatriement ?

I : Là encore, la décision des Nations Unies doit être considérée comme un signe très positif. Car, dans l'agrément officiel, il est explicitement stipulé que plus de terres seront attribuées aux rastas de Shashamane, ainsi qu'à ceux qui s'y établiront dans le futur. C'est la responsabilité de la communauté rastafarienne de mobiliser la diaspora noire dans ce processus de rapatriement, et nous acceptons cette responsabilité avec courage, remerciement, et joie. C'est notre mission. C'est ma mission.


Quelle est, à votre avis, la contribution majeure apportée par le mouvement Rasta ?

I : Nous les rastas, sommes les premiers à avoir libéré les esprits du colonialisme, et à avoir développé la conscience du monde noir. Nous avons compris qu'on ne pouvait pas continuer à plier devant le système colonialiste. Nous nous sommes mobilisés et nous avons pris conscience que l'Afrique serait notre seule projection. Le peuple en Jamaïque vit toujours enchaîné, mais nous avons libéré les esprits, et c'est là raison pour laquelle Bob Marley disait : « emancipate yourself from mental slavery ».


Parallèlement à vos démarches internationales, quelles sont vos activités en Jamaïque ?

I : J'ai crée un centre rastafarien en Jamaïque : le « Rastafari Andahnet » dans la paroisse de Saint Ann, la même paroisse où Marcus Garvey est né. Mon frère et moi avons travaillé durs pour ce centre dans lequel les rastas ont une place pour se rassembler. Et la fédération Mondiale Ethiopienne s'y est rendu pour l'un de ses meetings. C'est un endroit très symbolique où Bob Marley et Burning Spear sont nés. C'est également le seul endroit où tu peux allumer l'eau qui sort de la terre avec une allumette, et la voir se transformer en flamme : fire water ! Rastafari !


Quelle regard portez-vous sur l'avenir du mouvement Rasta ?

I : Nous sommes optimistes. Les rastas sont partout dorénavant. So I and I in Jamaica keep the fire burning ! Nous devons apprendre aux gens comment vivre Rastafari.

 

 

Chronologie Rasta Official :

- 1961 : Pour la première fois, des chercheurs de l'université des West Indies effectuent un rapport officiel sur le mouvement Rastafari, à la demande de Bro Mortimer Planno.
- 1961 : Date de la première « Mission to Africa » : une délégation de rastas et d'officiels jamaïcains entreprend une tournée transafricaine pour étudier les possibilités d'un éventuel rapatriement en Afrique.
- 1961 : Ras Sam Brown fonde le Black Man's Party, et se présente aux élections, en dépit du désaccord de nombreux natty dreads.
- 1972 : Ras Steve McDonald fonde un parti politique : Jamaican Liberation Movement.
- 1980 : Ras Steve McDonald se présente aux élections jamaïcaines comme candidat indépendant.
-1982 : En Angleterre, un rapport du CCRJ (la Catholic Commission for Racial Justice ) reconnaît le Rastafari comme étant une « religion valide ».
- 1986 : Un rastafarien du nom d'Enerva Trotman est élu pour la première fois à la chambre parlementaire de la Guyane Anglaise.
- 1996 (14 novembre) : Le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) reconnaît l'International Rastafarian Development Society comme une organisation non-gouvernementale (NGO).
- 1997 : L'IEWFPP (Imperial Ethiopian World Federation Political Party) présente plusieurs candidats aux élections générales de Jamaïque.
- 2004 : Ras Astor Black (JAM : Jamaican Alliance Movement) se présente aux élections en Jamaïque.

 

 

*Iqulah : références discographiques
- « Rasta 4 Eva » (2004 autoprod).
- « Rasta Live » 1 & 2 (autoprod).
- « The Mission » (autoprod).
- « Rasta Philosophy » (1987 autoprod).

 


Boris Lutanie (Tiré de son site : Rastalogie)

 

 

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